Tchiky : Un mois après les violences, les populations n’éprouvent que méfiance et désolation

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Tchiky est sorti de l’ombre grâce au “Némmèkou tour“ d’Ousmane Sonko. En raison de scènes de pugilat qui en ont découlé opposant militants de l’Apr et gardes du corps du leadeur de Pastef, l’incident a fait mouche et reste regrettable pour la peuplade. Par la suite, l’affaire a été jugée, mais ce village éprouve encore du mal à tourner cette page sombre. “Bès biLe Jour“ est retourné sur la scène du “crime“. Mais aussi Tchiky, c’est aussi une terre minière avec le clinker qui alimente les cimenteries du pays.

En cette après-midi de mercredi 30 novembre 2022, le climat est assez frisquet. Au moment où les enfants courent derrière le ballon rond, en attendant les matchs de la soirée en cette période de Coupe du Monde–Qatar 2022, beaucoup de leurs grand-frères sont assis devant la façade des concessions, soit pour prendre du thé, soit pour discuter de la pluie et du beau temps. Mais un sujet ne fait pas partie de l’ordre du jour : “les échauffourées lors de la tournée d’Ousmane Sonko dans le patelin qui ont occasionné des violences et des arrestations“. Le verdict de ce qu’on appelle communément l’“affaire Tchiky“ est tombé. Les personnes impliquées dans la rixe qui a émaillé le Némmèkou tour“ d’ Ousmane Sonko a été jugées et a connu un verdict à fortunes diverses. Cependant, la population de cette bourgade du département de M’bour – région de Thiès – est toujours affectée par le retentissement national de cet épisode de la tournée du plus féroce opposant au Président Macky Sall ces 5 dernières années.

Interdiction d’aborder les violences avec des étrangers

Il suffit tout simplement d’aborder le sujet pour sentir un malaise au sein des populations. Les éclats de rire se transforment brusquement en des chuchotements. La langue de discussion entre les autochtones et les visiteurs passent du Wolof au Sérère – le dialecte local –. L’atmosphère est toujours pesante, plus d’un mois après le passage du leadeur du Pastef dans le cadre de son “Némmèkou tour“ dans ce village de Tchiky.

« Entre nous, originaires du village, on peut en parler. Mais, on refuse de l’aborder avec les étrangers. Même si on voulait s’épancher dessus, les anciens nous ont ordonné de nous taire », chuchote “Moussa“ (nom d’emprunt). Le jeune homme d’une trentaine d’années en tee-shirt blanc et en survêtement noir, est assis sur un des pneus qui entourent le terrain de football où des jeunes gambadent derrière un ballon de football. Ses propos traduisent un respect strict de la hiérarchie sociale dans ce village où la parole des anciens a encore du poids.

« Vous ne pourrez rien tirer des populations en ce moment, parce que nous avons décidé d’adopter la stratégie du motus et bouche cousue. Nous avons pris cette position parce que nous voulons préserver la paix dans le village. Parler de notre village, au lendemain du verdict des affrontements politiques qui ont rendu notre village tristement célèbre, n’est pas de mise », explique le vieux “Ousmane“ (nom d’emprunt). Le vieux “Ousmane“ est le patriarche de la concession à l’autre angle du terrain de foot. Étrennant son chapelet suite à la prière d’“Asr“ (la 3e des 5 prières quotidiennes), le septuagénaire explique : « La peur ne s’est pas encore dissipée après ces scènes de violence déplorables. D’ici deux semaines, les choses reviendront à la normale. On pourra donc passer à autre chose. Mais pour l’instant, mieux vaut ne pas perdre son temps à prétendre avoir la réaction des populations. C’est une entreprise vaine ».

Le vieillard se désole de la manière dont le village a attiré le feu des projecteurs. Il espère tout de même que cela va permettre d’attirer l’attention de l’opinion sur les vrais problèmes de la localité.

 

Tchiky, un village enclavé malgré les richesses qui l’entourent

Tchiky, c’est le nom qui figure sur un panneau en bordure de la route nationale en direction de M’bour. Ce panneau indique une route en latérite, cahoteuse et sinueuse entrecoupée en sus de dénivelés, longue d’environ 4 kilomètres qui mène à ce village qui a fait les projecteurs lors d’affrontements entre la garde rapprochée du leadeur du Parti d’opposition Pastef et des militants du Parti au pouvoir, l’Apr.

Mais Tchiky, c’est plus que cela. « Notre village est un point névralgique dans la production de ciment au Sénégal. Toutes les cimenteries viennent dans nos environs pour exploiter les constituants du clinker, un élément essentiel dans la fabrication du ciment », informe “Ibrahima“, un jeune du village qui regrette que les populations locales ne trouvent aucun bénéfice de cette exploitation. Pour ce jeune désabusé, les riverains ne sont que des « témoins des va-et-vient incessant des camions », des mines de calcaires aux différentes cimenteries qui se trouvent dans les régions de Dakar et Thiès.

À son avis, les populations ne sont nullement contre l’exploitation des mines, mais elles doivent y trouver leur intérêt. « Vous avez vu l’état de la route qui mène à notre village. Elle est cahoteuse et poussiéreuse. Alors qu’un simple effort des exploitants miniers pourrait faire une énorme différence », grommelle-t-il.

En tout état de cause, les populations locales espèrent que l’“affaire Tchiky“ pourra, en contrepartie, les faire sortir de beaucoup des difficultés.

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