Grève illimitée dans le secteur du transport : Vers un bras de fer entre transporteurs ?

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Heureusement pour les usagers que les transporteurs ne parlent pas le même langage. Mais, à partir de minuit, ce mardi 17 janvier 2023, il faudra prendre ses précautions. Le mot d’ordre de grève illimitée est lancé. L’annonce a été faite par le secrétaire général du Syndicat des travailleurs routiers du Sénégal affilié à la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), Alassane Ndoye, protestant ainsi contre les 22 mesures décidées par l’État, après l’accident meurtrier de Sikilo à l’origine de plus d’une quarantaine de morts et de plusieurs dizaines de blessés, dont certains grièvement.

 

Lundi, 17h30, à la gare routière de Colobane : c’est très animé à l’heure de la descente ! Les usagers sont obligés d’enjamber les flaques d’eau laissées par les occupants des lieux, lors de leurs ablutions. De longues files sont observées devant les bus “Tata“ et cars “Ndiaga Ndiaye“. Gare à ceux qui n’auront pas pris le soin d’identifier celui ou celle qui les devance ou qui vient après eux ! Certains, se croyant plus pressés que d’autres, sont prompts à dérober une place laissée vacante.

À 17h39, un des bus de la “ligne 30“ des bus “Tata“ a fini de faire le plein, toutes les places assises sont occupées, certains clients sont même debout. Le chauffeur fait tourner le moteur, les clients se tournent vers le receveur pour acheter leur ticket. De Colobane au “Jet d’eau“, on débourse 100 francs CFA. Le tarif n’a pas encore changé. “ L’augmentation annoncée n’est pas encore entrée en train en vigueur. Mais, cela ne saurait tarder “, prévient Mbaye Fall, président de “ Jappo Liggey “.

« Je représente Alassane Ndoye, ici à la gare routière de Colobane et dans toute la région de Dakar », nous confie-t-il. Avant de pester contre les 22 mesures prises par le Gouvernement après le drame de Sikilo. Le syndicaliste, qui les assimile à des « sanctions infligées aux chauffeurs », les juge « inadmissibles !» Dans la lancée, il ajoute : « C’est comme si les chauffeurs sont responsables des accidents. Aller en grève est la meilleure option pour nous afin de nous faire entendre. Les chauffeurs sont aussi des pères de famille. Il ne faut pas l’oublier. Comme tous, ils vont travailler, mais souhaitent rentrer chez eux sains et saufs le soir et retrouver les membres de leur famille. Il faut qu’on arrête ! Trop, c’est trop ! Il faut savoir que ce qui arrive relève de la volonté divine. La preuve : après l’accident de Sikilo, on avait interdit la circulation interurbaine des véhicules de transport public de personnes de 23 heures à 5 heures du matin. Mais, ça n’a servi à rien ! L’accident à Sakal s’est produit en plein jour. »

Et puis notre interlocuteur d’enchainer : « Ce qui se passe, et c’est mon cas, des chauffeurs dorment le jour et conduisent la nuit. C’est une très vieille habitude. Je dors après la prière de l’aube. Il faut prendre les bonnes mesures. Autre chose, les Sénégalais ont l’habitude de voyager avec beaucoup de bagages. Il faut aussi voir quand on transporte le corps d’un défunt. Est-ce que quelque chose est prévu pour ça ? Le “Magal“ de Porokhane pointe à l’horizon. Il faut en tenir compte de tous ces paramètres. Tout ça, pour dire que cette mesure ne peut pas prospérer. D’ailleurs, ils ont vite fait de reculer. Ce que nous voulons, c’est qu’elle soit annulée. Tout simplement… Il faut plutôt qu’on s’entende sur ce qui est possible de faire pour la limitation des porte-bagages. Les chauffeurs en sont conscients. Mais, interdire tout bonnement, il n’en est pas question. »

Concernant le dernier point, il a souligné que « l’État ne peut pas augmenter le prix du gasoil et refuser qu’on en fasse autant pour les tarifs. C’est impossible ! On doit réajuster les prix et on va le faire. Les subventions ne serviront à rien. On l’a vécu lors du Covid-19, on nous avait promis des compensations après les mesures de restrictions, mais certains parmi nous n’ont rien reçu. On est en train de se concerter pour fixer les nouveaux tarifs. »

Une hausse qui sera opérée, annonce-t-il, lors de l’arrêt de travail illimité que ses camarades et lui comptent observer mardi à partir de minuit. « Le mot d’ordre est lancé dans toutes les régions du Sénégal. Nous ne reculerons pas tant que l’État ne nous convoquera pas autour de la table des négociations », a-t-il prévenu.

Le constat, que les syndicalistes sont divisés, a été fait au sein de la même gare routière. Si les trois syndicats affiliés à Alassane Ndoye, Pape Mamadou Ndiaye et Gora Khouma sont sur le pied de guerre. Ce n’est pas le cas de Mamadou Ndiaye, président du GIE “ Anda Jappalé Xaleyi “.

« L’État a reculé depuis. On ferait mieux de poursuivre les discussions pour aboutir à un consensus. C’est la conduite à tenir, selon moi. Parce qu’on ne peut pas continuer à forcer la main au Gouvernement. Il y a trop de morts sur nos routes. Il faut le reconnaître. Certes, c’est la volonté divine, mais on doit penser aux proches des victimes. On nous accuse de rouler pour l’État mais, on n’ira pas en grève. Je considère que l’État a tenu compte de nos revendications en repoussant d’un an l’interdiction des porte-bagages, tout comme la limite d’âge. On a obtenu de nombreux points. C’est cela la vérité. On doit négocier les autres points au lieu d’aller en grève ».

Mêmes les chauffeurs de taxi sont divisés. En ce qui les concerne, ceux qui ont décidés ne boycotter la grève, craignent de voir leur véhicule caillassé par les grévistes.

L’Association de financement des professionnels du transport urbain (Aftu) ne prendra pas part à la grève. Son premier vice-président, Ndongo Fall, l’a dit, lors d’un point de presse organisé par la Fédération nationale des transporteurs du Sénégal (Fnts).

 

 

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