Edito-Propos outrageants contre dame justice : de la nécessité de respecter l’institution judiciaire  

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Que le citoyen soit célèbre ou anonyme, riche ou pauvre, l’institution judiciaire, gage d’une organisation sociale paisible et sécurisée, est pour lui, le seul recours dans une démocratie qui se respecte. Or, dame Justice est accusée à tort ou à raison selon les intérêts des uns et des autres. Si des citoyens lambdas croupissent dans les geôles de ce pays des années durant sans que leur dossier ne soit vidé, les politiciens, forts de leur notoriété, alimentent les débats avant même qu’ils ne soient convoqués. L’actualité récente en témoigne si besoin est.  

Les rapports entre dame Justice et les hommes politiques sénégalais ont toujours été de natures différentes au fil des années. D’aucuns seraient même tentés de dire que la justice est une dame difficile à séduire et qui réserverait mille et un caprices à ses solliciteurs. Ces derniers ne sont pas toujours satisfaits de l’institution portant la balance. En effet, en fonction de l’enjeu politique ou de la fonction occupée, les points de vue sur le bon fonctionnement ou non du troisième pouvoir peuvent varier. Ainsi, l’opposant qui le fustige aujourd’hui, est à même, une fois au pouvoir, de se muer en laudateur attitré. Selon que l’homme politique mis en cause soit du pouvoir ou de l’opposition, la position du juge sera acceptée ou récusée.

Accusations mutuelles entre pouvoir et opposition : dame Justice décriée

La posture ambivalente des hommes politiques vis-à-vis de dame Justice n’est pas un fait inédit. L’histoire le démontre à suffisance. En effet, l’opposition s’est toujours illustrée par ses pavés lancés dans la marre de dame Justice pour mener un combat politique.

Sous le régime du Président Diouf, le 15 mai 1993, des suites de la publication des résultats d’élections législatives, un événement tragique secoue le pays et suscite l’émoi des populations. Maître Babacar Seye, vice-président du Conseil constitutionnel, ancien député-maire de Saint-Louis, est froidement assassiné, par balles, à bord de son véhicule. Des voix s’étaient élevées, l’opposant Maître Abdoulaye Wade accusait des hauts placés du régime socialiste au moment où il était suspecté par le Palais d’être l’instigateur du meurtre de Maître Seye. La machine judiciaire se mit en branle ! Pape Ibrahima Diakhaté, Amadou Clédor Sène et Assane Diop sont condamnés par la Cour d’Assises le 30 septembre 1994 et écopèrent entre 18 et 20 ans de travaux forcés.

Toutefois, à l’alternance en 2000, l’ouvrage « Meurtre sur commande » de Abdou Latif Coulibaly est aussitôt censuré et, par grâce présidentielle, Amadou Clédor Sène et Cie ont été libérés en février 2002. Par la suite, une loi d’amnistie dite loi EZZAN promulguée par le Président Wade le 17 février 2005 effaçait la condamnation. Si pour les proches du régime de Maître Wade la loi EZZAN pourrait « éviter l’exploitation politicienne de certaines affaires », le camp de l’opposition émet des doutes. Alors que la Fédération internationale des droits de l’homme y voyait « un véritable déni de justice », l’Alliance pour les Forces de Progrès (AFP) tranchait : « La loi EZZAN d’amnistie n’est pas faite pour apaiser le peuple ». Membre du Parti socialiste et maire de Dakar d’alors, Khalifa Ababacar Sall charge : « Cette loi garantit l’impunité des voyous et des bandits ». Près de trois décennies après, la famille, par la voix d’Abdou Seye, fils de la victime, accuse : « En voulant assujettir le pouvoir judiciaire pour des intérêts bassement matériels, on veut légitimer un assassinat ».

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Des chantiers de Thiès à Sweet Beauty Spa, en passant par la CREI (Cour de répression de l’enrichissement illicite) et la caisse d’avance, Idrissa Seck, Karim Meïssa Wade, Khalifa Ababacar Sall et Ousmane Sonko ont eu à avoir des démêlées avec la justice. Si à la faveur d’un supposé protocole de Rebeuss, Idrissa Seck retrouvait la liberté et était lavé à grande eau par le pape du Sopi avant même d’être jugé, Karim Meïssa Wade était nuitamment envoyé au Qatar. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire ! À la suite d’un air de décrispation qui souffla dans l’arène politique, Monsieur le Président de la République Macky Sall, en vertu de prérogatives à lui conférées, accordait la grâce à Khalifa Ababacar Sall, qui réfutait catégoriquement d’en avoir fait la demande.

Aujourd’hui encore plus que jamais, la justice continue encore de faire les choux gras de la presse. En mars 2021, de graves accusations étaient portées contre Ousmane Sonko. Entre moult sorties médiatiques pour tirer à boulets rouges sur la justice et le pouvoir en place & sa remise en liberté assortie d’un placement sous contrôle judiciaire, le leader de Pastef/les Patriotes est resté téméraire. D’ailleurs, tout récemment les deux protagonistes ont fait la Une de médias français et de la presse nationale. L’UMS (Union des magistrats du Sénégal) a dû monter au créneau pour défendre la corporation, mais toujours est-il que dans cette affaire, qui avait provoqué de violents soulèvements, causé des dégâts matériels considérables et des pertes en vies humaines, Ousmane Sonko est resté constant ! Il indexe toujours la justice qu’il qualifie de bras armé du Président Sall. Puisqu’à chaque fois, la justice est accusée -à tort ou à raison-, espérons que dans l’affaire Sonko/Adji Sarr l’institution judiciaire reprenne du poil de la bête, pour retrouver son lustre d’antan afin de mettre d’accord le plus grand nombre parmi les contradicteurs !

Décisions de justice : l’opposition jubile, le pouvoir accuse !

Pilier fondamental dans la bonne gestion de la cité, la justice est souventefois approuvée par les plus farouches opposants du régime en place. L’on a souvenance de l’affaire des produits phytosanitaires qui avait mis au-devant de la scène l’ex-sénatrice Astou Ndiongue dite « Aida », qui avait maille à partir avec la justice. L’on se rappelle d’ailleurs la posture de l’ancien Procureur du Tribunal de Grande Instance de Dakar Serigne Bassirou Guèye, qui avait jugé utile d’interjeter appel suite à la relaxe décidée par la troisième Chambre correctionnelle en faveur de l’ancienne compagnonne du Président Wade.

Par-dessus le marché, sous le régime du Président Abdoulaye Wade, l’ex-Procureur Ousmane Diagne n’avait pas voulu passer outre les prérogatives qui lui étaient assignées en décernant un mandat de dépôt à Feu Sidy Lamine Niasse, alors que le régime en place à l’époque en avait exprimé, de sources sûres, le désir. Nonobstant le fait que le défunt PDG du Groupe Walfadjri n’était pas de l’opposition, il convient de reconnaitre que sa ligne éditoriale dérangeait à n’en pas douter.

Plus récemment, lors des locales de janvier 2022, Yewwi Askan Wi a été rétablie dans ses droits devant la Cour d’Appel pour ce qui était de ses listes invalidées, et la coalition majoritaire de se pourvoir en cassation.

Au regard de ce qui précède, la justesse des décisions de justice semble, à tort, s’apprécier sous le prisme déformant des subjectivités des uns et des autres. Il faudra alors à dame Justice avoir les coudées franches pour s’élever au-dessus de la mêlée afin de jouer pleinement son rôle. 

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