La punaise diabolique, en provenance d’Asie, pullule dans la région et envahit toute l’Europe
Depuis quand travaillez-vous sur la punaise « diabolique » ?
on travaille sur cette espèce depuis qu’elle a été introduite, en 2012. Cette année-là, le ministère de l’Agriculture nous a mandatés pour réaliser une analyse de risques. À Montpellier, on a suivi l’invasion de cette punaise avec un outil de science participative : l’application Agiir qui permet de les signaler.
On l’a suivie dès le début parce qu’elle a été introduite avant aux États-Unis et on savait qu’elle était rapidement devenue un gros problème pour l’agriculture américaine comme dans les habitations. Les populations de cette espèce provenant d’Asie augmentent régulièrement. Elle est en train d’envahir presque toute l’Europe.
Comment cette espèce asiatique est-elle arrivée en France ?
Par auto-stop ! Les punaises entrent dans les véhicules, bateaux, avions ou voitures et sont transportées comme ça. Elles arrivent soit directement au stade adulte, soit au stade d’œuf. En Australie, on s’est rendu compte que beaucoup voyageaient dans des voitures neuves.
La punaise diabolique est-elle nuisible ?
Pour l’homme, elle est absolument inoffensive. C’est juste désagréable, et lorsqu’on les ennuie, elles libèrent des produits qui ne sentent pas bon. Mais ce n’est pas dangereux.
En revanche, dans les vergers, c’est en train de devenir un très gros problème, car elles s’attaquent à beaucoup de fruits et de légumes. Notamment aux pommes et aux poires, comme les punaises autochtones. Mais aussi aux kiwis, aux noisettes et à plusieurs autres espèces comme les tomates et les aubergines. Cela provoque des déformations sur les fruits et de petites taches. Ils restent consommables mais sont moins bons et difficilement commercialisables.
Quels sont ses prédateurs ?
Aux États-Unis et en Italie, des petites guêpes asiatiques ont été introduites accidentellement en même temps que les punaises. Elles parasitent les œufs des punaises. C’est d’ailleurs comme ça que ces guêpes ont pu voyager. Elles pondent dans les œufs des punaises et les larves se nourrissent de l’intérieur de l’œuf. Puisque les punaises n’ont pas un goût agréable, elles n’ont pas beaucoup de prédateurs.
Existe-t-il des solutions pour s’en débarrasser ?
Je ne connais aucun remède de grand-mère efficace. Une fois à l’intérieur, il faut s’en débarrasser physiquement : les attraper puis les éliminer. Le plus rapide, c’est l’aspirateur. Ensuite, on peut soit les noyer, soit les congeler.
En termes de contrôle, à l’Inrae, on table sur les guêpes parasites qui viennent d’Asie. En France, on cherche cette petite guêpe depuis longtemps. Sur les deux espèces connues, on en a trouvé une. Elle est arrivée dans plusieurs pays d’Europe naturellement et devrait donc se développer d’elle-même, c’est une affaire de temps. La question à laquelle on va devoir répondre maintenant, c’est de savoir si on les aide à s’installer ou si on les laisse faire toutes seules. Les producteurs aimeraient qu’on pousse, parce que les dégâts sont importants. Mais si on espère qu’elles régulent la quantité de punaises diaboliques, nous avons aussi le risque qu’elles s’attaquent à d’autres espèces de punaises. On ne peut donc pas l’introduire sans étude préalable.
Donc, actuellement, pas de solutions pour les arboriculteurs ?
Il existe des pièges à phéromones pour les attraper. Ils sont utilisés dans les vergers mais ils n’en attrapent pas assez pour réellement limiter les dégâts. De plus, ça les attire : c’est à double tranchant. On ne les conseille pas. La seule solution globale, c’est la lutte biologique, une fois que les guêpes asiatiques seront installées durablement. La population de punaises diaboliques va diminuer, mais pas disparaître. On a également des essais à Montpellier et Avignon sur l’utilisation de filets pour protéger les vergers.
Jusqu’à quand seront-elles présentes dans les habitations ?
Ces espèces ont un caractère particulier : des phéromones d’agrégation. Une substance qui les conduit à se regrouper naturellement. Quand elles portent leur dévolu sur une habitation, elles vont se concentrer au même endroit. En octobre et novembre, on en voit encore beaucoup, ensuite, ça se calmera. Elles s’abritent pendant l’hiver et vont rester en hibernation dans des endroits sombres et tranquilles, comme les fissures de volets. Puis elles ressortiront au printemps. C’est en avril qu’on recommence à en voir, mais ça reste beaucoup moins dérangeant qu’à l’automne. Pendant la belle saison, elles sont dans la nature. Elles passent donc inaperçues pendant tout l’été. Sauf justement pour les arboriculteurs.